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BIOGRAPHIE :

INTERVIEW (expo Barcelona 2021) :

https://www.itsliquid.com/interview-frederiquenolet.html

Quel que soit le support, je tente d’atteindre ce qu’il y a derrière la matière. Plus loin de façon frontale et plus haut vers l’inaccessible.

Je cherche à atteindre l’âme profonde de la Vie. Années après années, je m’en approche, diminuant la distance entre l’inaccessible et moi-même. Pour m’en approcher, je tente d’aller derrière l’écran, de voir ce qui est caché, quitte à le créer pour ensuite le troubler. Pour commencer, n’importe quel support sur lequel on travaille est un écran.

Je peux le choisir ou le faire épais à trouer et traverser comme l’étaient mes travaux (2000) sur les écorces (symbolique au-delà de l’attrait pour les arbres), matières de ciment, de bois et mixtes qu’il me plaisait de griffer et trouer comme pour en voir le coeur. Je peux le choisir délicat comme un voile à lever ou qui laisserait deviner ce qui se cache derrière, tel un papier translucide sur lequel je peux travailler au recto comme au verso, en surface ou au cœur de l’infime matière qui boit le médium comme l’encre.

 Lorsque j’utilise le papier translucide, écran plus fin, j’ai l’impression que le Graal n’est pas loin. Il faut encore le traverser ou y voir, deviner le verso. J’y perçois déjà une autre dimension à l’arrière. Le recto se mélange au verso, le médium fait partie du support, le support fait partie de la trace. Dessus, dedans, derrière. L’écran et mon intervention se mélangent en profondeur même si la surface est plus impactée.

Si je peins sur toile, la façon de crever le support serait de l’entamer par des trous et des entailles, ce que je fais parfois.  D’autres l’ont fait comme Fontana et Miro. Je griffe légèrement ou entame la peinture avec des outils comme un acte délicat laissant mon instinct courir sur le support.

Parfois, que ce soit sur toile, papier léger ou simple support, je travaille avec plus de vigueur, ou bien je mélange trace légère et geste appuyé jouant alors davantage sur l’idée de la tache et du vide. Naturellement, le geste est comme un chemin vers un bord du cadre que je ne dépasse pas pour peut-être mieux  conserver l’étape gagnée, la stabiliser et avoir le plaisir de la regarder.  Mon langage ressemble à une écriture. Traces dansantes, infimes, légères, aériennes, plaisir du subtil. J’essaie de laisser s’exprimer le fond de moi-même sans vraiment savoir où je vais. J’aime la surprise et la reprise, le fait d’effacer quand c’est possible ou de raturer, de corriger, de superposer. Les travaux les plus intéressants sont ceux qui présentent une difficulté et qu’il faut manipuler et triturer, ou bien les travaux minimalistes où le geste et le vide ont trouvé leur place rapidement ;

Quoi que je fasse, il y a des limites matérielles à l’acte que je pose. Le support, le cadre, le format… Seul le vide tel qu’Yves Klein l’avait compris pourrait m’en affranchir. Cette démarche spirituelle est personnelle et s’exprime intimement reliée au vide rempli d’énergie. Le travail artistique est lui, un complément ou une matérialisation de ma recherche individuelle et personnelle. Le vide est respiration, peut-être ciel, absolu, infini. Ce vide-là n’est pas vide.

Inviter le regardeur à y voir de près c’est l’inviter à se connecter à une intimité subtile.

Cela demande une introspection, une démarche pour regarder l’œuvre de près, en opposition à une œuvre qui serait monumentale et s’imposerait avec éclat.

C’est une invitation à la spiritualité et à l’intimisme, en opposition à une société superficielle et d’apparence, où tant d’images nous envahissent.

C'est grâce à des années de pratique avec les mêmes objectifs et les mêmes gestes, par des moyens différents qu'aujourd'hui l'inaccessible devient, peut-être, palpable.

Autour des mes 20 ans, je dessinais avec un pinceau des arbres uniques sur des toiles verticales comme pour atteindre son sommet. Ensuite des sous-bois que je photographiais et peignais dans leurs détails pour me mettre dans la peau de la Nature. Trait par trait, point par point. 

Sont venues les écorces de matière (ciment, bois, plâtre) et leur reproduction. Morceau par morceau je travaillais la matière pour la traverser ensuite; par des trous, des griffes avec l'idée d'aller toujours plus loin, plus à l'arrière de la surface et de l'apparence, à l'Essentiel. Besoin de traverser la peau, l'écran. J'ai fait quelques sculptures avec des matériaux de récupération plutôt naturels. Elles présentent souvent des griffures, des trous, ou des formes étirées vers le ciel. Ces techniques ne sont pas exhaustives.

​Bien que je me concentre sur le dessin, de façon complémentaire et selon l'inspiration par le contexte social, j'ai travaillé la tension entre l'image et le sens. En parallèle au travail graphique ou avec lui, selon l'envie et la période, j'ai abordé un questionnement sur des "valeurs" d'aujourd'hui comme par exemple le statut des animaux, la relation à la mort, à la liberté. 

(Voir images-messages-photos). L'image est manipulée, traitée en techniques mixtes, malmenée pour en troubler le sens avec poésie, humour et ambiguïté.

 

 

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